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Faux médicaments : les pharmaciens camerounais tirent la sonnette d’alarme

MICHEL TALLAM

MICHEL TALLA

27 avril 2026 à 10h00

6 min
Faux médicaments : les pharmaciens camerounais tirent la sonnette d’alarme

Réunis à Ngaoundéré, les pharmaciens du Cameroun dénoncent la vente illégale de médicaments et la circulation de psychotropes sans ordonnance. Un phénomène qui menace la santé publique et fragilise les pharmacies agréées.

Le combat contre les médicaments de la rue reste l’un des plus grands défis de santé publique au Cameroun. Réunis récemment à Ngaoundéré à l’occasion de leur Assemblée générale ordinaire, les pharmaciens du pays ont dressé un constat préoccupant sur les dérives qui continuent de fragiliser leur profession et de mettre en danger la vie de milliers de citoyens.

Au cours de cette rencontre, plusieurs responsables du secteur ont dénoncé des pratiques contraires à l’éthique pharmaceutique, notamment la délivrance de substances psychotropes sans prescription médicale ainsi que l’implication de certains acteurs dans l’alimentation des circuits illégaux de distribution de médicaments. Des comportements qui, selon les professionnels, contribuent à entretenir un marché parallèle particulièrement dangereux pour les consommateurs.

Une profession confrontée à des dérives persistantes

Face à leurs pairs venus de différentes régions du pays, les responsables de l’Ordre des pharmaciens ont exprimé leur inquiétude devant la persistance de pratiques qui compromettent les efforts engagés pour garantir un accès sécurisé aux produits de santé.

La question des psychotropes a particulièrement retenu l’attention des participants. Ces médicaments, destinés à traiter certaines pathologies spécifiques, nécessitent un encadrement rigoureux en raison de leurs effets sur le système nerveux. Leur délivrance en dehors des règles établies constitue non seulement une infraction, mais expose également les patients à des risques d’abus, de dépendance ou de complications médicales graves.

Les professionnels présents ont également attiré l’attention sur la responsabilité de certains acteurs du secteur qui participeraient, directement ou indirectement, à l’approvisionnement du marché clandestin des médicaments. Une situation jugée incompatible avec les exigences déontologiques de la profession.

Le commerce illicite des médicaments gagne du terrain

Au-delà des questions liées aux psychotropes, les pharmaciens ont longuement débattu du phénomène des médicaments vendus en dehors des circuits officiels. Cette activité illégale continue de prospérer dans plusieurs localités du pays malgré les campagnes de sensibilisation et les opérations de répression menées par les autorités.

Selon les professionnels du secteur, cette économie parallèle représente une menace majeure pour la santé publique. Les produits proposés dans ces réseaux échappent généralement à tout contrôle sanitaire. Leur provenance, leur composition, leurs conditions de transport ou encore leur mode de conservation restent souvent inconnus.

Dans de nombreux cas, les consommateurs ignorent qu’ils achètent des produits potentiellement inefficaces, périmés ou contrefaits. Les conséquences peuvent être dramatiques : aggravation des maladies, résistances aux traitements, intoxications ou complications médicales parfois irréversibles.

Des pharmacies fragilisées par une concurrence déloyale

L’expansion du commerce illicite ne menace pas uniquement la santé des populations. Elle affecte également l’équilibre économique des pharmacies légalement établies.

Des responsables régionaux de l’Ordre des pharmaciens ont indiqué que plusieurs officines ont été contraintes de fermer leurs portes dans certaines localités de la région de l’Adamaoua. Cette situation est attribuée en partie à la concurrence exercée par les vendeurs clandestins qui proposent des médicaments à des prix souvent attractifs mais sans aucune garantie de qualité.

Pour les pharmaciens, cette concurrence déloyale fragilise un secteur déjà confronté à de nombreux défis, notamment les coûts de fonctionnement, les exigences réglementaires et la nécessité de maintenir des standards élevés de qualité et de sécurité.

Le gouvernement intensifie la lutte contre les médicaments de la rue

La montée du phénomène continue également de préoccuper les autorités sanitaires. Le ministre de la Santé publique a récemment exprimé son inquiétude face à la présence persistante de vendeurs non autorisés à proximité de plusieurs hôpitaux et centres de santé.

Cette situation apparaît particulièrement préoccupante dans la mesure où ces espaces accueillent quotidiennement des patients à la recherche de traitements fiables et sécurisés. La proximité de vendeurs clandestins avec les structures sanitaires contribue parfois à semer la confusion chez les usagers et favorise l’achat de médicaments hors du circuit réglementaire.

Pour les autorités, les produits commercialisés dans ces conditions représentent un risque sanitaire important. Ne bénéficiant d’aucun contrôle officiel, ils peuvent avoir été stockés dans des conditions inadéquates ou provenir de réseaux de contrefaçon difficiles à tracer.

Des mesures renforcées pour protéger les populations

Face à cette menace, le ministère de la Santé publique entend renforcer son dispositif de surveillance. Les services compétents ont reçu pour instruction d’intensifier les contrôles aux abords des formations sanitaires et de mettre un terme aux activités des vendeurs clandestins opérant dans ces zones.

Parallèlement aux opérations de contrôle, les autorités souhaitent développer davantage les campagnes de sensibilisation destinées aux populations. L’objectif est de rappeler aux citoyens l’importance de s’approvisionner exclusivement auprès des pharmacies et établissements agréés.

Les experts estiment en effet que la lutte contre les faux médicaments passe autant par la répression que par l’éducation des consommateurs. Une population bien informée est davantage en mesure d’identifier les risques associés aux produits vendus dans la rue et de privilégier les circuits sécurisés.

Une mobilisation collective devenue indispensable

Les acteurs du secteur de la santé s’accordent aujourd’hui sur un point essentiel : aucune stratégie ne pourra produire des résultats durables sans une mobilisation générale.

Les autorités administratives, les forces de sécurité, les professionnels de santé, les organisations de la société civile et les citoyens eux-mêmes sont appelés à jouer pleinement leur rôle dans la lutte contre le trafic de médicaments.

Dans un contexte où les enjeux sanitaires deviennent de plus en plus complexes, garantir l’accès à des médicaments sûrs et de qualité constitue une priorité nationale. Le combat contre les médicaments de la rue dépasse ainsi la seule question du commerce illégal : il s’agit avant tout de protéger des vies humaines, de préserver la confiance dans le système de santé et de renforcer la sécurité sanitaire de l’ensemble de la population camerounaise.

Le message lancé depuis Ngaoundéré est donc clair : face à la prolifération des faux médicaments et aux dangers qu’ils représentent, la vigilance de tous demeure plus que jamais nécessaire.

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