Cameroun : 39 navires radiés pour fraude au pavillon maritime
UserMedia
8 juillet 2026 à 15h23

Le Cameroun radie 39 navires de son pavillon après l'arraisonnement de pétroliers russes naviguant illégalement sous de faux pavillons camerounais. Une réforme maritime majeure.
Le secteur maritime camerounais vit une transformation en profondeur. Le 29 mai 2026, le ministre des Transports, Jean Ernest Ngallé Bibéhè, a rendu publique une liste officielle de navires frappés de radiation ou de sanctions : au total, 39 bâtiments ne sont plus autorisés à naviguer sous les couleurs du Cameroun.
Cette décision draconienne n'est pas tombée du ciel. Elle est l'aboutissement d'une série d'événements qui ont mis en lumière les failles béantes du registre maritime national et l'exploitation dont il a fait l'objet.
Quand la "flotte fantôme" russe compromet la réputation du Cameroun
Tout commence avec l'interception, par les autorités maritimes européennes, de deux pétroliers battant frauduleusement pavillon camerounais : le Smyrtos et le Tagor.
Le Smyrtos est appréhendé par la Royal Navy britannique. Le Tagor, lui, tombe entre les mains de la Marine nationale française. Ces deux navires appartiendraient à la nébuleuse que les observateurs internationaux désignent sous le terme de flotte fantôme russe un réseau de tankers opérant dans l'opacité pour contourner les sanctions occidentales imposées à Moscou depuis l'invasion de l'Ukraine.
Le procédé est simple mais audacieux : ces bâtiments arborent de faux pavillons, profitant de la notoriété ou de la discrétion de registres maritimes peu surveillés. Le Cameroun, dont le nom apparaît ainsi associé à des activités illicites, en sort éclaboussé.
Une réaction gouvernementale ferme
Face à cet affront diplomatique et réglementaire, Yaoundé a décidé de frapper fort. Le ministère des Transports avait d'abord tiré la sonnette d'alarme dans un communiqué dénonçant l'usage frauduleux du pavillon national par des opérateurs fantômes. La réponse officielle ne s'est pas fait attendre.
La radiation de 39 navires constitue un signal clair : le Cameroun entend reprendre le contrôle de son registre maritime et ne plus tolérer que son drapeau soit utilisé comme couverture pour des activités illégales.
Ce que cette réforme change concrètement
La radiation d'un navire du registre d'un État revient à lui retirer son droit de navigation sous ce pavillon. Sans ce sésame, le bâtiment ne peut plus légalement prendre la mer au nom du pays concerné. C'est une sanction lourde, qui prive les armateurs concernés d'une protection juridique indispensable.
Pour le Cameroun, cette purge sert plusieurs objectifs stratégiques :
•Restaurer la crédibilité du pavillon national aux yeux des instances maritimes internationales comme l'Organisation Maritime Internationale (OMI).
•Écarter les risques de nouvelles interceptions qui pourraient conduire à des sanctions diplomatiques ou à un classement défavorable du registre camerounais.
•Assainir le secteur en éliminant des opérateurs qui naviguaient dans une totale illégalité, souvent au détriment de normes de sécurité élémentaires.
Un contexte international sous haute tension
L'affaire des pétroliers Smyrtos et Tagor s'inscrit dans un contexte mondial de resserrement des contrôles maritimes. Depuis les sanctions internationales visant la Russie, des dizaines de tankers circulent en zones grises, changeant de nom, de pavillon et de propriétaire à un rythme soutenu. Plusieurs États africains ont vu leur registre exploité à ces fins, souvent à leur insu.
Le Cameroun devient ainsi l'un des premiers pays du continent à réagir de manière aussi visible et documentée à ce phénomène. Une posture qui pourrait lui valoir une reconnaissance de la part des instances maritimes internationales — et un meilleur positionnement dans les futures négociations sur la gouvernance des mers.



