Bois en Afrique centrale : les prix mondiaux bondissent avant l'interdiction des grumes
UserMedia
30 juin 2026 à 13h42

Les cours mondiaux des produits forestiers exportés par les pays de la Cemac ont progressé de 2,9 % au premier trimestre 2026. Cette hausse intervient alors que l'Afrique centrale accélère sa stratégie de transformation locale du bois avant l'interdiction des exportations de grumes prévue d'ici 2028.
Le marché international du bois continue d'offrir des perspectives favorables aux pays producteurs d'Afrique centrale. Selon les dernières données publiées par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), les produits forestiers exportés par les six États membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) ont enregistré une progression significative de leurs cours au cours du premier trimestre 2026.
Cette dynamique concerne le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la République centrafricaine (RCA), dont les ressources forestières constituent un important levier économique. D'après l'Indice composite des cours des produits de base (ICCPB) de la BEAC, les prix des produits forestiers ont augmenté de 2,9 % entre le quatrième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026. Une performance supérieure à celle observée lors du trimestre précédent, où la hausse n'avait atteint que 1,5 %.
Les grumes à l'origine de la hausse des prix
L'amélioration des performances du secteur forestier est principalement portée par les grumes, c'est-à-dire le bois brut non transformé. Les données de la banque centrale montrent que les cours internationaux de cette catégorie de produits ont progressé de 23,5 % sur un trimestre.
Les sciages, qui correspondent à une première étape de transformation du bois, affichent également une évolution positive. Toutefois, leur croissance demeure plus modérée avec une augmentation de 12,2 % sur la même période.
Cette forte progression des prix traduit une demande soutenue sur les marchés internationaux et confirme l'importance stratégique des ressources forestières d'Afrique centrale dans les échanges mondiaux de matières premières.
Une ressource toujours rentable mais de moins en moins exportée à l'état brut
Malgré cette embellie des cours, les grumes occupent progressivement une place moins importante dans les exportations des pays de la Cemac. Cette tendance résulte d'une volonté politique clairement affichée par les gouvernements de la sous-région : réduire les exportations de bois brut et favoriser la création de valeur sur place.
L'objectif est de développer une véritable industrie locale de transformation capable de générer davantage d’emplois, d'augmenter les recettes fiscales et de renforcer la contribution du secteur forestier à la croissance économique.
Le Cameroun illustre parfaitement cette mutation. Selon le rapport d'évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), la part des grumes dans les exportations totales du pays a connu un recul spectaculaire entre 2019 et 2023. En quatre ans, elle est passée de 8 % à seulement 4 %, soit une diminution de moitié.
Cette évolution témoigne des efforts entrepris pour encourager les investissements dans les unités de transformation du bois et promouvoir l'exportation de produits à plus forte valeur ajoutée.
Cap sur l'interdiction des exportations de grumes en 2028
La réduction progressive des exportations de bois brut s'inscrit dans une stratégie régionale plus large portée par les États de la Cemac et la République démocratique du Congo.
Ces pays souhaitent mettre fin à un modèle économique historiquement basé sur l'exportation de matières premières peu transformées. Leur ambition est désormais de bâtir une industrie forestière plus compétitive, capable de transformer localement les ressources avant leur commercialisation sur les marchés internationaux.
Dans cette perspective, une interdiction définitive des exportations de grumes est annoncée au plus tard pour 2028. Cette mesure vise à accélérer l'industrialisation du secteur forestier, à renforcer les chaînes de valeur locales et à maximiser les retombées économiques des immenses ressources forestières du bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète après l'Amazonie.
Une opportunité économique pour la sous-région
La hausse actuelle des cours mondiaux du bois intervient donc à un moment charnière pour les économies d'Afrique centrale. D'un côté, elle permet aux opérateurs forestiers de bénéficier de prix plus rémunérateurs. De l'autre, elle conforte les gouvernements dans leur stratégie de transformation locale, qui pourrait accroître durablement les revenus générés par le secteur.
À mesure que l'échéance de 2028 approche, les investissements dans les scieries, les usines de placage, les unités de contreplaqué et les autres activités de transformation devraient se multiplier. Les pays de la Cemac espèrent ainsi convertir leur richesse forestière en moteur de développement industriel, tout en renforçant leur position sur le marché mondial des produits bois transformés.
Le défi consiste désormais à accompagner cette transition par des infrastructures adaptées, une amélioration du climat des affaires et un renforcement des capacités industrielles afin que l'Afrique centrale puisse pleinement tirer profit de son potentiel forestier exceptionnel.



