Maroc : première puissance industrielle d'Afrique devant l'Afrique du Sud
UserMedia
27 mai 2026 à 10h00

Le Maroc devient la première économie industrielle d'Afrique selon l'Indice d'industrialisation 2025 de la BAD. Une avancée majeure qui confirme la montée en puissance industrielle de l'Afrique du Nord sur le continent.
L'équilibre des forces industrielles en Afrique connaît une évolution majeure. Selon les dernières évaluations publiées par la Banque africaine de développement (BAD), le Maroc s'impose désormais comme la première puissance industrielle du continent, dépassant l'Afrique du Sud, longtemps considérée comme le principal moteur manufacturier africain.
Cette progression remarquable est mise en évidence dans l'édition 2025 de l'Indice d'industrialisation en Afrique (Africa Industrialisation Index – AII), dévoilée à l'occasion d'un panel organisé en marge des Assemblées annuelles de la BAD. Le rapport a été présenté conjointement avec le premier Baromètre de l'investissement industriel en Afrique (AfIIB), élaboré par WITBA Invest SA en collaboration avec Trendeo.
Une dynamique industrielle en nette progression sur le continent
L'étude révèle que l'industrialisation africaine poursuit sa progression malgré les nombreux défis économiques mondiaux. Entre 2010 et 2024, quarante-et-un pays africains sur cinquante-quatre ont enregistré une amélioration de leurs performances industrielles.
Dans l'ensemble, le score moyen du continent a progressé de 6 %, témoignant d'une transformation progressive des économies africaines. Les avancées les plus significatives ont été observées dans les pays qui affichaient auparavant les niveaux d'industrialisation les plus faibles. Cette tendance traduit un phénomène de convergence économique, où plusieurs nations rattrapent progressivement leur retard industriel.
Toutefois, les experts de la BAD soulignent que les progrès réalisés demeurent insuffisants face aux ambitions du continent. Malgré son potentiel démographique, ses ressources naturelles abondantes et l'émergence de nouveaux marchés, l'Afrique ne représente toujours qu'une faible part de l'industrie mondiale.
Une contribution encore limitée à la production manufacturière mondiale
Le rapport met en lumière un paradoxe frappant. Alors que plusieurs économies africaines affichent une croissance industrielle encourageante, la place du continent dans les chaînes de valeur mondiales reste marginale.
Aujourd'hui, l'Afrique génère moins de 2 % de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4 % des exportations manufacturières internationales. Plus préoccupant encore, la valeur ajoutée manufacturière par habitant demeure inférieure aux niveaux observés avant 2014.
Ces chiffres illustrent les défis persistants auxquels sont confrontés les industriels africains : faibles capacités de transformation locale, infrastructures insuffisantes, accès limité aux financements, coûts logistiques élevés et dépendance à l'exportation de matières premières peu transformées.
Le Maroc, symbole d'une stratégie industrielle gagnante
L'ascension du Maroc au sommet du classement africain n'est pas le fruit du hasard. Depuis plusieurs années, le royaume a multiplié les investissements dans des secteurs à forte valeur ajoutée tels que l'automobile, l'aéronautique, les énergies renouvelables, l'industrie chimique et les technologies avancées.
Cette stratégie a permis au pays de développer des écosystèmes industriels compétitifs capables d'attirer les investisseurs internationaux tout en renforçant la production locale.
Grâce à cette politique volontariste, le Maroc est devenu une plateforme industrielle incontournable reliant l'Afrique, l'Europe et le Moyen-Orient. Son positionnement géographique stratégique, associé à un environnement favorable aux affaires, continue de séduire les multinationales en quête de nouveaux marchés et de chaînes d'approvisionnement diversifiées.
L'Afrique du Nord confirme son leadership
Au-delà du cas marocain, les conclusions du Baromètre de l'investissement industriel en Afrique montrent une domination croissante de l'Afrique du Nord dans les indicateurs liés à l'industrie.
La région arrive en tête dans les trois dimensions analysées : la diversification industrielle, l'attractivité des investissements et l'ancrage productif. Ce dernier indicateur mesure notamment la capacité des investissements étrangers à générer des retombées économiques locales et à intégrer les entreprises nationales dans les chaînes de production.
Entre 2020 et 2025, l'Afrique du Nord a capté à elle seule 56 % de l'ensemble des investissements industriels enregistrés sur le continent. Le Maroc et l'Égypte apparaissent comme les principaux bénéficiaires de cette dynamique, confirmant leur rôle de locomotives industrielles africaines.
La ZLECAf au cœur de la transformation industrielle
Pour accélérer davantage l'industrialisation du continent, la BAD appelle à dépasser les approches traditionnelles fondées uniquement sur la réduction des barrières douanières.
L'institution financière panafricaine recommande de renforcer les infrastructures de transport, d'améliorer les réseaux logistiques et de développer des corridors économiques capables de faciliter les échanges entre pays africains.
L'harmonisation des normes industrielles et commerciales figure également parmi les priorités identifiées. Ces réformes devront s'appuyer sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), considérée comme un levier stratégique pour créer un marché intégré de plus de 1,4 milliard d'habitants.
L'objectif est clair : permettre aux entreprises africaines de produire davantage localement, d'accroître leur compétitivité et de conquérir de nouveaux marchés à l'échelle continentale et internationale.
Une nouvelle étape pour l'économie africaine Le leadership industriel désormais attribué au Maroc marque un tournant dans la géographie économique africaine.
Cette évolution reflète la capacité de certains pays à transformer leur modèle de développement en misant sur l'innovation, la diversification économique et l'industrialisation.
Si les résultats enregistrés témoignent d'avancées encourageantes, le continent reste confronté à un immense chantier. Pour peser davantage dans l'économie mondiale, l'Afrique devra accélérer la transformation de ses matières premières, développer ses industries locales et renforcer son intégration économique.
Le rapport 2025 de la BAD envoie néanmoins un signal positif : l'industrialisation africaine progresse, et plusieurs pays démontrent qu'il est possible de bâtir des économies plus compétitives, créatrices d’emplois et génératrices de valeur ajoutée durable.



